C’est l’histoire d’une fille...


Vous connaissez la chanson ?

1973

Je suis de ces filles là, les filles de 1973 :
Celles qui ont vu 3 fois Rain Man, celles qui ont pleuré Balavoine
Celles qui ont fait des exposés sur l’appartheid et sur le che
Celles qui ont envoyé du riz, en Ethiopie en somalie
Celles qui disaient « tu comprends pas »

1974-1975

Première indignation (je sentais bien qu’on nous prenait pour des connes)
Chez mes grands-parents, déjeuner dans la cuisine en Fornica dans les assiettes en opale à petites fleurs bleues, sur fond de midi première, l’émission de Danielle Gilbert. A la fin, la publicité.


J’écoute, bouche bée « Monsieur Propre rend tout si propre que l’on peut se voir dedans ».
Je regarde mon grand-père, je mets mes poings sur mes hanches, je fronce les sourcils, enfin je rassemble tout mon vocabulaire : « c’est n’importe quoi, papi ! »
Ben oui. Si c’est drôle, c’est une blague. Si c’est pas drôle, c’est un mensonge pour les connes.
A un an déjà, j’aime pas les mensonges et j’aime pas non plus qu’on insulte notre intelligence (qui n’a qu’à se défendre).

1980-1982

Premier choc grand-musical.
Du riz sous une cloche.
Un homard thermidor (no fucking idea what this is).
Mais surtout, cet air de reine
Je ne m’en suis jamais remise

C’est ça aussi la magie de la pub.
Des airs qui restent dans la tête, toute une vie parfois.

Et aussi « dans Banga, y’a des fruits » celle qu’on chante comme une onomatopée, comme dans une BD animée, c’est impossible à expliquer, ça s’écoute.
Gotainer c’est pas du Mozart mais c’est puissant, ça met la banane, la pêche et encore des fruits et de l’eau….oui mais pas trop…

1983

Premier choc esthétique son et lumière.
C’est pas que Pierre Cosso, en mini short. Retroussé. Ça me fait un autre effet le mini short retroussé sur beau gosse. Rire. En revanche, paroles et musique et voix du grand Serge (art mineur ? tu parles !). A la réal aussi, il a fait son Jules et Jim version Sea Sex and Sun, le soleil au zénith.

C’est très eighties. Mais c’est bon….Comme un Gini. Giniiiiii, reviens ! Giniiii ! Je t’aime !


1986

Première émotion en slow-mo

Avec un chien. Un berger allemand-ritalo-amerloque sur les bords. Morricone dès qu’un réalisateur met sa musique dans un film, il gagne un prix avec. Morricone, ça fout les poils, ça marche donc aussi puissamment avec ceux des chiens.

1987

Premier choc international.
Je rencontre pour la première fois le B de Bric. Le brésil. Hmmm, c’est chaud, c’est dry, c’est schweppes (ça se prononce pas, ça se décapsule quand il fait caliente et qu’on a soif schhhhhhhhhh).

1991

Premier (et dernier donc unique) choc érotique avec un slip kangourou.
Surtout, premier choc intellectuel de planneuse stratégique qui s’ignore.
Je viens de rencontrer l’uber-mensh.
Des mâles, pas des alphas-cromagnons-primates, des mâles neufs, touchants, irrésistibles, tendres, sensuels, espiègles….

Et cette voix….
Des publicitaires qui savent chanter dans les oreilles des femmes, y’en a eu. C’est une espèce qu’on devrait protéger je trouve

Ahouuuuuuuuuuuuu !

http://www.culturepub.fr/videos/dim-sous-vetements...

Vous m’en remettrez un deuxième, s’il vous plait, monsieur.

http://www.dailymotion.com/video/xb89n_pub-l-austr...

1992

Triple choc’ohlala
Moi aussi quand je serai grande, je veux faire ça : mettre quelques grammes de finesse dans ce monde de brutes.
Tout y est, parfaitement calibré, si précis, si juste, si poétique : le langage, la musique, les images…

What else ?

Mon premier boulot a été chez Lindt.
C’est resté mon chocolat préféré. A cause de cette histoire de finesse. L’humilité et la grandeur de cette ambition, l’impact… ! : juste quelques grammes.
Le monde de brutes, on le changera pas. Mais la finesse, juste quelques grammes, c’est tout un art non ?

2009

J’étais déjà planneuse stratégique en 2009.
Les gender studies pointaient le bout de leur nez. Mais, l’identité sexuelle et ses transformations (gender blurring disent les anglais plus poétiquement…autrement dit les frontières se troublent), celui qui en a toujours fait des histoires magiques*, l’air de rien, sans s’engueuler avec personne, juste avec son talent, c’est Monsieur Gaultier.

Et comme les grands s’entourent des grands, on a Mondino, à la réal, et toujours la Callas au son, Casting de Diva oblige….

*et mythiques : Ulysse, le mâle aimé, celui qui finit toujours par s’en aller, le marin quoi, libre comme l’air, qui répond à l’appel de la mer qui prend l’homme et qui donc, lui, quitte la femme (arrête de pleurer Pénélope, c’est beau les mythes !)


A suivre…

2010-2016
La pub m’inspire moins. Mais c’est pas grave. Je ne travaille plus dans la publicité. Je fais ce que j’ai toujours voulu faire. Raconter des histoires.Vraies (j’aime toujours pas les mensonges pour les cons). En utilisant la fiction, de plus en plus persuadée qu’on a rien de trouvé de mieux à l’échelle humaine, pour se rapprocher de la vérité Je traite les marques comme des personnages qu’on aime, qui portent une histoire, une mémoire, un nom, un imaginaire, un potentiel créatif, un univers, une voix, une musique…

Je suis arrivée chez moi, chez True Stories, dans mon univers,
J’y story-tale the truth.
J’y mets quelques grammes de finesse, de la précision, de la poésie parfois,
Et surtout surtout de la simplicité, ce qui demande du travail et peut-être aussi une dose d’intuition

What else ?